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« Il faut repenser le rôle de l’université »

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François Taddéi, directeur du CRI (Centre de recherche interdisciplinaire) plaide pour une éducation et formation en “révolution permanente”. On fait le point avec ce champion de l’innovation pédagogique.

Ce que François Taddéi dit, il le fait aussi. Ce biologiste émérite — il a reçu au début des années le prix INSERM de la recherche fondamentale — a changé de discipline au gré de son apprentissage. L’interdisciplinaire, ça le connaît. En 2004, il fonde un master où les étudiants travaillent dans des labos qui ne sont pas ceux de leur formation d’origine. Aujourd’hui François Taddéi dirige le CRI (centre de recherche interdisciplinaire), un institut qui forme… par la recherche. Et s’est imposé comme un chantre de la science citoyenne. Son projet « Les Savanturiers » en est le plus bel exemple : dans ce programme, les enfants sont encouragés à apprendre en cherchant. Définitivement, « tous chercheurs », ça pourrait être le motto de François Taddéi !

Toutes les disciplines se prêtent-elles à un enseignement collaboratif ?

Naturellement, on pense à l’informatique et l’exemple de l’école 42. Mais je ne pense pas qu’il y ait par nature de discipline rétive à ce genre d’approche. C’est plus une question d’état d’esprit et de dispositif pédagogique. Il y a désormais de plus en plus d’universités qui jouent le jeu : on tend à enseigner davantage à l’individu à être acteur et auteur de la construction de savoirs et plus seulement consommateur.

« L’université peut être un lieu où on est libres d’apprendre, d’enseigner et de faire de la recherche et où l’étudiant trouve un mentor bienveillant qui accompagne son projet »

Etre acteur et auteur de la construction des savoirs, ça évoque le modèle universitaire à l’allemande instigué par le philosophe Humboldt : l’individu étudie pour consolider un esprit critique.

Oui, Humboldt expliquait que l’université peut être un lieu où on est libres d’apprendre, d’enseigner et de faire de la recherche et où l’étudiant trouve un mentor bienveillant qui accompagne son projet. C’est exactement ce qu’on essaie de faire au CRI mais aussi ce qu’entreprennent les challenge-based universities (ndr : le CRI et ces universités « basées sur le défi » encouragent leurs étudiants à apprendre en résolvant des problèmes sociaux ou scientifiques jusque-là irrésolus). Et ça, c’est permis par le web. Ce qui doit nous pousser à nous interroger : à l’heure du web, quel est le rôle des universités ? Ça pourrait être de concentrer un certain nombre de ressources : des mentors, des pairs qui contribuent aux apprentissages. Apprendre à apprendre, c’est continuer à apprendre toute sa vie, développer un esprit critique et des compétences telles que la créativité, la coopération et la communication qui seront nécessaires dans tous les métiers et activités humaines.

« L’école 42 n’est pas forcément la meilleure manière d’apprendre l’informatique pour tout le monde, mais est la meilleure pour ceux qui y sont »

Outre le CRI, des exemples d’établissements français qui œuvrent dans ce sens ?

A Strasbourg par exemple ont été montées des filières où les étudiants sont engagés à mener des projets, en l’occurrence, entrepreneuriaux. Mais à mon sens, la question fondamentale est de s’interroger sur comment on apprend mieux. Est-ce par du cours en ligne, en présentiel, par un stage, dans un amphi, auprès d’un prof, de ses camarades ? De façon générale on échoue à répondre à cette question. On tâtonne. De plus en plus d’universités montent par exemple des projets scolaires avec des fablabs et invitent leurs élèves à expérimenter, à explorer. Ça va dans le bon sens. Vous avez également l’émergence d’écoles démocratiques dans lesquelles on laisse tout liberté à l’élève d’apprendre ce qu’il veut à tout âge. Je crois qu’aujourd’hui, il n’y a quasiment plus rien qu’on ne puisse apprendre différemment. La question est plus de savoir si c’est efficace et si la réponse pédagogique doit être la même pour tout le monde. L’école 42 n’est pas forcément la meilleure manière d’apprendre l’informatique pour tout le monde, mais est clairement la meilleure pour ceux qui y sont.

Ça soulève aussi la question de la formation des enseignants…

La manière la plus efficace de former un enseignant à une pratique pédagogique, c’est de la lui faire pratiquer en tant qu’élève. Comme avant d’être enseignant, on passe par la case « étudiant ». Si les enseignants ont eu des cours magistraux, ils dispenseront des cours magistraux ; si on les sensibilise aux pratiques pédagogiques par le projet et la collaboration, ce sera plus évident de l’appliquer eux-mêmes en tant qu’enseignants.

« Les pays qui font progresser le plus leurs élèves ont des systèmes éducatifs où les enseignants se mettent en position de chercheurs »

Oui mais les enseignants déjà formés depuis des lustres ?

Même ceux qui ont été formés de manière classique continuent à se former, vous savez ! Grâce au numérique, d’ailleurs. Par contre, ce qui est dommage est qu’aujourd’hui, le type de formation continue des enseignants leur est imposé. On ne leur donne pas la liberté de choisir leur formation continue. Ce qu’on essaie de faire, c’est de promouvoir tout ça. Les pays qui font progresser le plus leurs élèves ont des systèmes éducatifs où les enseignants se mettent en position de chercheurs face aux besoins spécifiques des élèves. Deux tiers des établissements scolaires de Singapour ont des groupes de recherche interne. Ils cherchent constamment de nouvelles manières de transmettre et s’appuient sur ce que d’autres ont fait. Ils expérimentent, partagent et sont dans des dynamiques réflexives et collaboratives. Et c’est vertueux !



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